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“Employees who generate inventions are not sufficiently valued”,
Valérie Boccara.
L’idée
de ce cas est de mettre en situation un ouvrier face à deux de ses supérieurs.
L’ouvrier vient de faire une découverte qui pourrait être une petite révolution
dans le secteur de son entreprise. Le problème est qu’il ne peut pas légalement
en jouir pleinement. En effet, l’art. L611-7 du code de la propriété
intellectuelle dispose que toute invention faite par un ouvrier grâce aux
technologies ou au savoir mis à sa disposition par son entreprise appartient à
cette dernière. L’ouvrier ne reçoit en échange qu’une indemnité compensatrice.
Il reste donc l’auteur de l’invention sans en avoir la libre disposition. Ce
point particulier du droit français instaure un déséquilibre entre l’ouvrier et
ses supérieurs, déséquilibre qui peut être très mal perçu de la part de ces
derniers. Il me semblait donc intéressant d’exploiter cette situation à la
lumière de la négociation raisonnée d’Harvard.
La situation est la suivante :
l’ouvrier inventeur signale son innovation à son supérieur hiérarchique direct :
son chef d’équipe. Celui-ci en parle à ses propres supérieurs, et convoque
l’ouvrier pour en parler. L’ouvrier se retrouve seul face à son chef d’équipe et
le directeur du département Recherche et Département qu’il n’avait jamais vu par
ailleurs.
Outre le fait que cette
situation pourrait intéresser chacun d’entre nous, elle trouve son intérêt par
son déséquilibre intrasecte :
- Le
salarié se retrouve dans la négociation seul face à deux supérieurs
hiérarchiques, dont un qu’il ne connaît pas.
- Le
directeur Recherche et Innovation, spécialiste de son domaine, sait qu’il a un
avantage stratégique sur l’ouvrier : légalement, son invention appartient déjà à
l’entreprise. Il connaît toute la législation en vigueur à ce sujet. De plus,
son domaine d’expertise lui permet d’évaluer l’innovation en question et d’en
apprécier la portée.
- L’ouvrier
et le chef d’équipe entretiennent de mauvaises relations, l’ouvrier ayant
l’impression qu’à plusieurs reprises son chef lui a volé ses idées pour s’en
approprier les bénéfices auprès de ses supérieurs hiérarchiques. Il a
l’impression qu’il lui bloque toute perspective d’évolution. Il rejette la faute
sur l’entreprise en général : celle-ci n’a pas su remarquer son talent.
L’ouvrier n’a pas
forcément conscience qu’il n’a pas légalement l’usus de son invention. Il avait
déjà « donné » une de ses inventions à l’entreprise contre une prime de 200
euros, mais après en avoir parlé à des voisins, il sait qu’aux Etats-Unis, les
inventeurs sont biens mieux pris en considération, aussi bien du point de vu de
la rémunération que du point de vu de la reconnaissance sociale. Il a une femme
qui travaille en tant que fonctionnaire et gagne le Smig, et deux enfants : un
encore en maternelle, l’autre au primaire.
Du côté de l’entreprise,
cette dernière découvre pour la première fois qu’elle a parmi ses ouvriers un
innovateur naturel à haut potentiel. Si le directeur Recherche et Innovation
n’en prend conscience qu’à ce jour, on l’a informé que cet ouvrier avait déjà
apporté sa collaboration dans le passé, mais à l’époque, on ne pensait qu’à un
évènement exceptionnel, et on avait pensé que le primer n’était qu’un moyen
d’inciter ses collègues à faire de même. On pensait lancer une politique de
dynamisation des équipes, rien de plus. Aujourd’hui, cet ouvrier apparaît comme
un atout majeur pour l’entreprise, un atout qu’il ne faudrait pas perdre. Le
talent de ce dernier commence à se faire connaître : les gens parlent, et pas
qu’à l’intérieur des murs de l’entreprise… Un débauchage serait un double
échec : non seulement, l’entreprise perdrait un talent né, mais en plus la
réputation de l’entreprise en pâtirait : elle serait connu comme l’entreprise
ayant la pire gestion des ressources humaines du secteur.
Si la BATNA semble
pencher fortement en défaveur de l’ouvrier, il représente une valeur dont il n’a
pas conscience. S’aura-t-il sortir gagnant d’une situation où tout semble aller
contre lui ?
MONREVOR
Instructions Confidentielles pour l’ouvrier de
Monrevor : M. Olivier
Cela fait 7 ans que vous
travaillez en tant qu’ouvrier chez Monrevor : depuis que vous avez abandonné vos
études. Vous auriez bien aimé finir vos études mais vous venez d’un milieu
modeste et vous avez très tôt eu une famille à nourrir. Vous êtes actuellement
installé dans la banlieue avec votre femme et vos deux enfants. Votre femme est
fonctionnaire et gagne le SMIG. Un de vos enfants est en maternelle, l’autre au
primaire.
Vous êtes frustré à votre
travail : vous avez l’impression que toute votre vie, vous serez au poste auquel
vous êtes aujourd’hui. Votre chef d’équipe, M. Rainbow vous énerve : dès que
vous émettez une idée, il la reprend à son compte et en tire les bénéfices
auprès de ses supérieurs. Vous essayez de vous convaincre que cette situation
n’est que passagère, le temps de trouver mieux ailleurs. Vous vous efforcez de
voir le bon côté des choses : vous aimez ce secteur. L’agro-alimentaire vous a
toujours attiré. Déjà à 5 ans, vous vouliez ouvrir votre restaurant. Ce n’est
pas ce dont vous rêviez, mais au moins, vous pouvez laisser libre cours à votre
imagination pendant ces longues journées. Monrevor S.A. est une grande boite
industrielle, spécialisée dans les plats froids, les plats à réchauffer et les
desserts à emporter.
Il y a 2 ans, vous aviez
proposé une nouvelle organisation de travail. Votre chef d’équipe l’avait mis en
place. Cette réorganisation montra ses vertus, mais ce fut votre chef d’équipe
qui en reçu les lauriers. Seuls vos collègues connurent l’injustice. Leurs mots
de réconfort ne suffirent pas à vous enlever cette rancune de l’esprit. Il y a 1
ans, vous avez reçu une prime de 200 euros suite à une proposition que vous
aviez faite : l’idée était d’accompagner tous les plats d’une fourchette en
plastique. C’est assez bête, mais bien plus pratique pour la clientèle qui
achète les plats Monrevor lors de leur pause déjeuner.
Il y a deux semaines,
vous avez préparé un nouveau dessert à vos enfants. Ils ont adoré, votre femme
et vous avec. C’est une toute nouvelle recette qui vous est venue à l’esprit
après avoir travaillé sur une chaîne de gâteaux à la vanille chez Monrevor. Vous
trouvez la recette tellement bonne qu’il vous vient à l’idée de la vendre à
votre entreprise. En effet, il n’y a pas de raison que votre innovation
culinaire ne puisse pas rencontrer le même succès que d’autres grands produits
incontournables aujourd’hui sur le marché.
Lundi dernier, vous en
avez donc parlé à votre chef d’équipe, sans pour autant révéler la recette en
question (vous le connaissez que trop bien…). Il promit d’en parler à ses
supérieurs. Deux jours plus tard, il vous convoquait à une réunion « pour en
parler » avec une personne détachée du département Recherche et Développement le
lundi de la semaine suivante.
Entre-temps, vous avez
parlé de votre invention un peu partout autour de vous. Plusieurs de vos voisins
vous ont conforté dans l’idée que décidément, Monrevor S.A. ne reconnaissait pas
votre talent, qu’aux Etats-Unis, cela ferait longtemps qu’on vous aurait promu.
Au moins, là-bas, même le plus petit ouvrier peut viser le poste de PDG s’il en
a les capacités !
Déjà vous vous mettez à
rêver : combien cette recette pourrait rapporter si elle était bien
commercialisée… Vous vous prenez à vous imaginez vous-même à la tête d’une
entreprise qui commercialiserait cette recette, sans parler des suivantes qu’il
ne manquerait pas de créer…
Mais votre femme vous
tire de votre rêverie lorsqu’elle vous parle des réparations à faire dans la
salle de bain… et de leurs coûts…
MONREVOR
Instructions
Confidentielles pour le chef d’équipe, M. Rainbow
Vous avez 20 ans de
métier derrière vous. Vous êtes à la tête d’une petite équipe chez Monrevor
S.A., entreprise agro-alimentaire spécialisée dans la préparation de plats
froids, les plats à réchauffer et les desserts à emporter. Votre objectif pour
l’instant est d’être promu chef d’usine. Tous les moyens sont bons pour y
parvenir : vous vous mettez en permanence en valeur devant vos supérieurs
hiérarchiques.
Lundi dernier, un de vos
ouvriers a demandé à vous parler : il aurait inventé la recette du siècle,
d’après ses propres dires. Curieux, vous avez tenté de découvrir quelle pouvait
bien être cette fameuse recette. Ce dernier n’a rien voulu dire. Il a insisté
pour que vous en parliez à vos supérieurs, et obteniez d’eux une réunion pour en
parler. Vous aviez beau lui dire que vous ne pouviez vous engager sans connaître
la valeur de la proposition, que vous paraîtriez bien bête si l’idée était
rejetée, que c’était votre responsabilité qui était en jeu… il n’a rien voulu
entendre et vous a suppliez d’en parler à vos supérieur.
Vous sentiez que vous ne pouviez
lui refuser cette faveur, toute l’équipe vous en aurait voulu et vous risquiez
de perdre votre autorité. Vous en avez donc parlé à vos supérieurs. Etonnement,
dès mercredi, vous receviez un appel de la direction des ressources humaines :
une réunion serait organisée lundi prochain à laquelle vous assisterez afin que
votre ouvrier, M. Olivier, rencontre le directeur du Département Recherche et
Développement. On vous dit que votre présence permettra de détendre
l’atmosphère, que vous servirez de lien entre le directeur et l’ouvrier. Que
celui-ci ne se retrouvera ainsi pas totalement face à l’inconnu.
Vous ne comprenez pas pourquoi
Monrevor S.A. détache quelqu’un d’aussi important pour un simple ouvrier. Vous
êtes un peu jaloux, mais vous vous dites que c’est le moment où jamais de vous
mettre en avant.
Vous dites à votre ouvrier qu’il
est convoqué lundi après-midi pour parler de son projet avec une personne
« détachée du département recherche et développement ».
Lundi, vous rencontrez le Directeur avant la
réunion prévue pour l’après-midi.
MONREVOR
Instructions
Confidentielles pour le Directeur du département R & D
Vous êtes directeur du
département R & D de Monrevor S.A., entreprise agro-alimentaire spécialisée dans
la préparation de plats froids, les plats à réchauffer et les desserts à
emporter. Vous n’avez pas obtenu ce poste par hasard : passionné par la
recherche et très bon chef d’hommes, vous aimez trouver les perles rares. Vous
avez par ailleurs la réputation d’être un découvreur de talents.
Un de vos collègues vous a parlé
de M. Olivier. Celui-ci aurait été à l’origine de plusieurs initiatives très
intéressantes et innovantes. Bien que simple ouvrier, le fait que sa réputation
soit remontée jusqu’à vous sans emprunter les voies traditionnelles
d’informations, que vous considérez comme trop formelles, vous intrigue. Vous y
voyez un signe prometteur.
Vous avez donc chargé un de vos
collègues, ami par ailleurs, du département Contrôle de Gestion de l’usine dans
laquelle travaille M. Olivier de mener informellement une petite enquête sur le
personnage. Vous apprenez que des rumeurs rapportaient qu’il fut à l’initiative
d’une réorganisation de sa chaîne de travail, réorganisation qui permit à
l’entreprise de faire de bonnes économies. Il aurait par ailleurs proposé une
innovation sur un produit : l’idée, très simple, d’adjoindre aux plats vendus en
superettes une petite fourchette en plastique…
Mardi dernier, vous apprenez que
M. Olivier demandait à rencontrer un responsable pour lui parler d’une nouvelle
recette pour un dessert, révolutionnaire d’après ces dires. Cette demande
faisait ricaner la direction générale, qui y voyait une divagation d’un petit
ouvrier… Mais vous avez manifesté un énorme intérêt, - ce qui étonna tout le
monde -, et avez demandé à rencontrer M. Olivier au plus vite.
Le rendez-vous fut fixé par le
département des Ressources Humaines au Lundi après-midi. Vous rencontrerez
auparavant M. Rainbow, le supérieur direct de M. Olivier. Celui-ci vous
accompagnera lors de votre entretien avec M. Olivier, et pourra servir de
médiateur entre lui et vous.
Il vous tient à cœur de
rencontrer M. Olivier : vous auriez probablement des projets pour lui dans votre
département R & D, si toutefois l’entretien était à la hauteur de vos
espérances.
Vous vous doutez que l’objectif
de M. Olivier lors de cet entretien est de vous « vendre » sa fameuse recette.
Il faut cependant relativiser ce terme : en effet, d’après l’art. L611-7 du code
de la propriété intellectuelle, toute invention faite par un employé grâce
notamment au savoir mis à sa disposition par l’entreprise appartient à
l’entreprise. L’employé reçoit en échange une indemnité compensatrice. Il reste
donc l’auteur de l’invention, mais ne peut pas en exploiter les bénéfices sans
l’accord de l’entreprise. Elle, au contraire, peut en exploiter les bénéfices,
et n’a pas besoin de l’accord du salarié pour ce faire.
S’il y a litige entre le salarié
et l’entreprise à propos du montant de l’indemnité, celle-ci pourra faire
l’objet d’une décision de justice. Le juge regarde en général quelle est la
contribution du salarié et celle de l’entreprise dans l’invention, quelle en
sont les gains, et détermine ainsi la valeur de l’indemnité. On peut ainsi
résumé cette relation par cette formule :
R = V * P
Où R est le montant de la rémunération
V la valeur de l’invention (en
euros)
P le facteur de participation de
l’employé à la création de l’invention (en %)
Dans les trois derniers litiges à laquelle
l’entreprise eut à faire face, le juge avait déterminé ces montants-ci :
- 16 euros
- 30 euros
- 11 000
euros
Préparez-vous à rencontrer M. Olivier
avec l’aide de M. Rainbow.
Pistes pour la
résolution du cas à l’aide de la négociation raisonnée
Le déséquilibre dans le
contexte de la négation (l’ouvrier est seul face à deux supérieurs
hiérarchiques) et dans l’information (le directeur du département R & D connaît
son domaine : il est capable d’évaluer le projet lui-même. De plus, il a une
connaissance approfondie du droit de la propriété intellectuelle. Ce que ni
l’ouvrier, ni le chef d’équipe n’ont.
Le chef d’équipe exerce une
autorité sur son ouvrier, autorité qu’il peut utiliser dans la négociation, au
point de pouvoir casser la négociation. A priori, son intérêt est divergent de
celui du directeur. Sans que ce dernier ne s’en rende compte, il pourrait bien à
l’origine de l’échec de la négociation.
I.
Etat des lieux à l’issu de la négociation
A) L’échec de
la négociation : une situation perdante - perdante ? Pas totalement…
Si la négociation venait
à échouer, l’entreprise dans sa globalité serait perdante. Certes, l’invention
lui reviendrait de droit, mais le processus juridique lui serait coûteux pour
une indemnité qui à terme ne représenterait pas grand-chose…
Le directeur du
département R & D n’aurait pas réussi à recruter une personne apparemment très
innovante. L’ouvrier en question, plus frustré que jamais, risquerait de quitter
l’entreprise… Mais sa situation personnelle délicate, notamment familiale, ne
lui permettrait pas de tout quitter pour partir aux Etats-Unis par exemple… De
plus, s’il n’a pas réussi à se faire reconnaître chez Monrevor S.A., il n’y a
que peu de chances qu’il le soit ailleurs… Son seul gain sera d’être débarrassé
de son supérieur direct, véritable plaie pour sa carrière.
Quant au chef d’équipe,
il aura certes une satisfaction personnelle à ne pas s’être fait doubler par un
de ses subalternes… mais il ne se sera pas non plus fait bien voir de la
direction. On peut cependant envisager que la satisfaction personnelle l’emporte
dans le cas d’espèce.
B) La
réussite de la négociation : apparence ou réalité ?
La négociation peut être
« réussie », c’est-à-dire aboutir à un accord. Il faut cependant relativiser
cette notion de réussite.
En effet, si l’ouvrier
obtient un prix convenable pour son innovation, mais qu’il l’obtient en forçant
la main du directeur du département R & D, il serait passé à côté de
l’opportunité de carrière dont il a toujours rêvé. Cependant, c’est à lui de
sentir que cet entretien n’a pas seulement pour objet sa fameuse nouvelle
recette, mais en réalité un objet bien plus grand : celui d’une très grande
promotion interne. S’il reste trop focalisé sur « son » invention, son manque
d’ouverture risquerait de lui coûter bien cher. Ce qui serait l’illusion d’une
réussite serait en réalité un semi échec pour l’entreprise. Le directeur de la R
& D s’en retournerait déçu.
Ce dernier porte en
quelque sorte la responsabilité du bon déroulement de la négociation. Lui seul a
toutes les clefs en main, qu’il peut choisir de partager ou pas. S’il n’élargit
pas la conversation, il bloquerait la conversation sur la recette. Au contraire,
il faut qu’il s’intéresse à l’employé, sa vie personnelle, ses rêves, ses
projets d’avenir…
Le chef d’équipe est un
peu le cheval de Troie de cette négociation. Il apparaît comme le conciliateur,
mais a une motivation toute autre. Ses intérêts personnels ont toujours primé
sur ceux de l’entreprise. Si la négociation venait à aboutir, quelqu’en soit
l’issue, il serait perdant. Si par contre, il réussi à négocier une prime dans
cette affaire (aide à la découverte de nouveaux talents, promotion interne), il
pourrait alors contribuer à la réussite du projet.
La véritable réussite de
la négociation se résumerait en quelque sorte à :
- la
promotion de l’ouvrier à un poste de R & D. Si la réussite de cet objet de
négociation revient au directeur, le niveau du nouveau poste sera à négocier par
l’ouvrier.
- Si le
talent de conciliateur du chef d’équipe est reconnu par le directeur, celui-ci
pourrait en toucher deux mots à la direction afin de la promouvoir à son tour.
Il existe donc une
situation gagnante – gagnante, mais celle-ci est cachée par les ambitions
aveuglantes de chacun.
II.
La négociation raisonnée : un outil pour trouver la situation gagnante
– gagnante
Si chacun fait l’effort
de constituer sa BATNA, c'est-à-dire sa situation en cas d’échec de la
négociation, il réalise qu’elle est négative. A l’approche de la négociation,
chaque acteur veut donc réussir à négocier. Mais la méfiance peut miner ce
terrain d’entente. La négociation raisonnée permet de contourner cette
difficulté.
En effet, elle nous
apprend qu’il vaut mieux parler du contexte de la négociation avant d’aborder
son objet principal. Si les négociateurs vont directement à l’objet apparent de
la négociation, ils n’ont aucune chance de réussir cette négociation. Alors que
le dialogue permet de découvrir les motivations de chacun.
Les conseils que nous
donnent la négociation raisonnée :
Ø
Préparer sa BATNA avant d’arriver en situation de négociation
Ø
Ne parler du véritable objet de la négociation qu’à la fin de la
négociation. Notamment pour ne pas rater l’opportunité de découvrir le véritable
objet de la négociation : la promotion interne. L’accord sur le prix de la
recette peut être facilement obtenu, ce qui est met d’autant plus en danger la
réussite de la négociation sur la promotion interne.
Ø
Explorer les zones d’accords potentielles en-dehors de l’objet
principal de la négociation.
Ø
La communication est la véritable clé de cette négociation.
Ø
Les stratégies personnelles sont les mines potentielles de la
stratégie globale.
|
BATNA de
l’ouvrier |
|
BATNA du
directeur |
|
BATNA du
chef d’équipe |
|
|
Ne pas réussir à obtenir une « juste » compensation. |
- |
Ne pas avoir intégrer dans son équipe un innovateur en
herbe |
- |
Ne pas se faire doubler par son subalterne |
+ |
|
Quitter l’entreprise :
* Femme et enfants à charges
* Ne plus être bloqué par M. Rainbow
|
-
+ |
Si l’ouvrier quitte l’entreprise :
* Risque de perte d’un élément clé
* Risque de détérioration de l’image de l’entreprise
dans sa gestion des ressources humaines si celui-ci venait à réussir
ailleurs
* Echec dans le recrutement d’une personne talentueuse |
-
-
- |
Si l’ouvrier quitte l’entreprise
* perte d’un élément moteur de son équipe
* embauche d’un autre ouvrier |
-
=
|
|
Rester dans l’entreprise |
- |
Si l’ouvrier reste dans l’entreprise |
= |
Si l’ouvrier reste dans l’entreprise |
= |
|
Perte d’une promotion interne |
- |
Perte d’un exemple du bon fonctionnement le promotion
interne chez Monrevor S.A. (image de l’entreprise) |
- |
|
|
Il est donc clair qu’il
vaut mieux que la négociation réussisse, dans le vrai sens du terme :
c'est-à-dire qu’elle aboutisse à une promotion interne de l’ouvrier.
CONCLUSION
Ce que l’on apprend plus
particulièrement dans ce cas est que bien souvent, une solution nettement
avantageuse pour tous les négociateurs n’est pas envisagée, du fait même de la
structure et de la tournure que prend la négociation dans les faits. Ce que nous
permet l’apprentissage de la négociation raisonnée est de sortir de l’horizon
fermé de ses propres petits objectifs personnels, pour s’élargir au point de vu
de notre « adversaire ». Cet adversaire doit pouvoir devenir au fur et à mesure
du dialogue notre partenaire.
Bien sûr, l’amélioration
de BATNA est un point vital lors d’une négociation. Non seulement, elle permet
au négociateur de miser sur autre chose que sur la négociation (auquel cas il
est sûr de perdre…), mais elle permet de trouver un nouveau terrain sur lequel
le partenaire pourra intervenir, et ainsi favoriser un accord.
Dans le cas d’espèce, si
l’ouvrier avait eu un entretien d’embauche avec une autre entreprise, non
seulement sa BATNA s’améliorait nettement, mais en plus, cela pouvait le
valoriser aux yeux du directeur du département R & D. Il n’aurait alors pas
fallu menacer l’autre négociateur d’appliquer sa BATNA, mais le pousser à la
découvrir par lui-même…
Ce cas illustre
parfaitement la clé de la négociation raisonnée : le fait d’aborder en priorité
tous les sujets annexes de la négociation afin de trouver un premier terrain
d’entente.
BIBLIOGROPHIE
Cours de Négociation Raisonnée
de Harvard de M. Gérard Thomas.
ANNEXES
Article L611-7 du code de la propriété intellectuelle
(Loi nº 94-102 du 5 février 1994 art. 22 Journal
Officiel du 8 février 1994)
Si l'inventeur est un salarié, le droit au
titre de propriété industrielle, à défaut de stipulation contractuelle plus
favorable au salarié, est défini selon les dispositions ci-après :
1. Les inventions faites par le salarié dans l'exécution soit d'un
contrat de travail comportant une mission inventive qui correspond à ses
fonctions effectives, soit d'études et de recherches qui lui sont explicitement
confiées, appartiennent à l'employeur. Les conditions dans lesquelles le
salarié, auteur d'une telle invention, bénéficie d'une rémunération
supplémentaire sont déterminées par les conventions collectives, les accords
d'entreprise et les contrats individuels de travail.
Si l'employeur n'est pas soumis à une
convention collective de branche, tout litige relatif à la rémunération
supplémentaire est soumis à la commission de conciliation instituée par
l'article L. 615-21 ou au tribunal de grande instance.
2. Toutes les autres inventions appartiennent
au salarié. Toutefois, lorsqu'une invention est faite par un salarié soit dans
le cours de l'exécution de ses fonctions, soit dans le domaine des activités de
l'entreprise, soit par la connaissance ou l'utilisation des techniques ou de
moyens spécifiques à l'entreprise, ou de données procurées par elle, l'employeur
a le droit, dans des conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat, de
se faire attribuer la propriété ou la jouissance de tout ou partie des droits
attachés au brevet protégeant l'invention de son salarié.
Le salarié doit en obtenir un juste prix qui,
à défaut d'accord entre les parties, est fixé par la commission de conciliation
instituée par l'article L. 615-21 ou par le tribunal de grande instance :
ceux-ci prendront en considération tous éléments qui pourront leur être fournis
notamment par l'employeur et par le salarié, pour calculer le juste prix tant en
fonction des apports initiaux de l'un et de l'autre que de l'utilité
industrielle et commerciale de l'invention.
3. Le salarié auteur d'une invention en
informe son employeur qui en accuse réception selon des modalités et des délais
fixés par voie réglementaire.
Le salarié et l'employeur doivent se
communiquer tous renseignements utiles sur l'invention en cause. Ils doivent
s'abstenir de toute divulgation de nature à compromettre en tout ou en partie
l'exercice des droits conférés par le présent livre.
Tout accord entre le salarié et son employeur
ayant pour objet une invention de salarié doit, à peine de nullité, être
constaté par écrit.
4. Les modalités d'application du présent
article sont fixées par décret en Conseil d'Etat.
5. Les dispositions du présent article sont
également applicables aux agents de l'Etat, des collectivités publiques et de
toutes autres personnes morales de droit public, selon des modalités qui sont
fixées par décret en Conseil d'Etat.
EXTRAIT DU MEMOIRE DE VALERIE MERCIER
La première
décision concerne l'affaire Lemonnier et Messan c. CISI. Un brevet, portant sur
l'invention d'un employé, avait été pris par l'employeur et une licence avait
été accordée à un tiers. La Cour de Paris énonce, dans son arrêt de 12 mars 1987
:
"Considérant qu'à la date de la seconde expertise, l'exploitation commerciale
n'était pas négligeable contrairement aux assertions de la CISI - employeur
concédant - puisque IPS - licencié - avait réalisé un chiffre d'affaires hors
taxes de 8.846.236 F sur des matériels utilisant les enseignements du brevet et
qui autorisaient la CISI à percevoir des redevances se montant à 442.311,80 Frs
sus de celles qu'elle avait touchées... Considérant que la Cour a ainsi les
éléments pour déclarer notoirement insuffisante l'offre de la CISI et évaluer à
75.000 F pour chacun des inventeurs le montant de la gratification forfaitaire".
Dans la
seconde affaire Bardy c. Laborec, le brevet portait sur des "narcotines de
synthèse" et, plus particulièrement, sur un produit à usage pharmaceutique, pour
lequel l'employé réclamait une somme de 450.000 Frs. Le jugement décide, le 20
décembre 1985 :
"Le
tribunal dispose d'éléments suffisants d'appréciation pour, sans recourir à une
expertise, évaluer le préjudice résultant de la perte de la [gratification] à
laquelle il avait droit à la somme de 100.00 Frs".
L'arrêt
rendu par la Cour d'appel de Paris, le 19 octobre 1987, ne fournit pas plus
d'éclaircissement :
"Considérant qu'il n'est pas
contesté que l'invention litigieuse a présenté un intérêt commercial important
permettant l'exploitation d'un produit pharmaceutique sous le nom d'hypostamine
depuis 1963 ; que, dès lors, en raison de l'importance du rôle joué par M. Bardy
dans la réalisation de l'invention, de l'exploitation commerciale de celle - ci
depuis plus de vingt ans et du retard avec lequel la [gratification]
initialement due sera versée, il convient, sans qu'il y ait lieu de recourir à
une mesure d'expertise puisqu'il ne peut s'agir que d'une évaluation
forfaitaire, de porter à 200.00 F l'indemnisation due à Monsieur Bardy en
réparation de son préjudice matériel".
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